Vers la fin du constat d'adultère
Par : CHRISTINE MORICE
Un petit bureau anodin, à deux pas du palais
de justice de Bordeaux. Alain Rousseau, agent privé de recherches,
pour ne pas dire détective, reçoit ses clients sous une affiche de
la déclaration des droits de l'homme. Depuis des années, cet ancien
chef d'entreprise travaille avec son épouse et une poignée de policiers
ou de gendarmes à la retraite. Ils sont spécialisés dans les planques
et les filatures et communiquent leurs rapports à des huissiers ou
des avocats. « Au magistrat de décider, ensuite, s'il leur accorde
ou non de la valeur », précise-t-il.
Interrogé sur la réforme du
divorce, actuellement en préparation, et plus particulièrement la
remise en cause de l'adultère comme faute, Alain Rousseau n'exprime
aucune inquiétude particulière. « De nos jours, les filatures menant
à un constat d'adultère établi par un huissier de justice ne représentent
qu'une infime part de notre travail, environ trois ou quatre cas par
an, explique-t-il, les moeurs évoluent. »
Après avoir étudié de près le projet de loi, il reste persuadé
que les privés ne manqueront pas de travail. « En fait, le terme adultère,
qui est un vieux concept judéo-chrétien, sera remplacé par la notion
de rupture irrémédiable du lien conjugal et, pour cela, les gens auront
encore besoin de nous. Si un homme a quitté le domicile conjugal pour
vivre avec une autre femme, il faudra bien le constater. On nous appellera
peut-être moins pour une liaison passagère, mais il y aura toujours
des jaloux qui voudront être renseignés sur le comportement de leur
compagne ou de leur compagnon, qu'ils soient mariés ou pas. »
L'IMAGE D'EPINAL
Et d'ajouter : « D'ailleurs, les huissiers de justice ne tiennent
pas particulièrement à effectuer ces constats d'adultère, qui sont
particulièrement désagréables, aussi bien pour eux que pour les personnes
concernées. » Ce que confirme un huissier bordelais : « Ce genre de
constat effectué à partir de 6 heures du matin tient davantage de
l'image d'Epinal que de la réalité. Chaque fois que je dîne en ville,
on m'en parle, mais je n'en fais que rarement et toujours pour des
motivations uniquement pécuniaires, dans le cadre d'un divorce. »
La moitié de l'activité du cabinet dirigé par Alain Rousseau
concerne des affaires privées ou familiales; l'autre moitié étant
consacrée au monde du travail. De plus en plus souvent, les contentieux
entre conjoints portent sur la garde d'un enfant ou le montant d'une
pension alimentaire. Le privé est donc davantage sollicité pour apporter
des renseignements, par exemple sur le travail au noir d'un père qui
refuse de participer financièrement à l'éducation de son enfant ou
sur le mode de vie d'une mère qui se dit irréprochable.
Quand aux violences conjugales qui pourraient
justifier la réintroduction de la notion de faute grave dans la réforme,
selon les déclarations de Marylise Lebranchu, Alain Rousseau reconnaît
qu'elles sont très difficiles à établir de l'extérieur, à moins de
procéder à une enquête de voisinage.
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