Comment Prouver un Arrêt de Travail Abusif ?

Comment Prouver un Arrêt de Travail Abusif ou de Complaisance Légalement ?

Vous vous demandez comment prouver un arrêt de travail abusif face à un salarié dont vous doutez sincèrement de la réelle incapacité ?

Avec la hausse alarmante des arrêts de complaisance, les entreprises françaises paient un lourd tribut : désorganisation, maintien de salaire, coûts de remplacement.

En 2024, l’Assurance Maladie a détecté et stoppé 42 millions d’euros de fraudes liées aux arrêts de travail, soit 2,4 fois plus qu’en 2023.

Ce phénomène touche autant les TPE que les grands groupes. Heureusement, la loi vous offre des leviers concrets : contre-visite médicalesignalement à la CPAM, et investigations par un détective privé agréé.

Découvrez les démarches légales, les jurisprudences récentes (notamment l’arrêt d’Assemblée plénière du 22 décembre 2023) et les pièges à éviter pour agir sans risquer une condamnation aux prud’hommes.

Qu’est-ce qu’un arrêt de travail abusif ou de complaisance ?

Un arrêt de travail abusif se caractérise par une absence injustifiée médicalement, couverte par un certificat médical obtenu frauduleusement ou utilisé de façon détournée.

L’arrêt de complaisance, terme juridique privilégié, désigne précisément un certificat délivré sans justification médicale réelle.

Découvrez les démarches légales, les jurisprudences récentes (notamment l’arrêt d’Assemblée plénière du 22 décembre 2023) et les pièges à éviter pour agir sans risquer une condamnation aux prud’hommes.

Quand un arrêt devient-il abusif ?

Un arrêt maladie bascule dans l’abus lorsque le salarié n’est manifestement pas dans l’incapacité physique d’accomplir son travail. Trois situations types :

  • Certificat de complaisance : Le médecin délivre un arrêt sans examen sérieux, contrevenant à l’article R4127-28 du Code de la santé publique qui interdit « la délivrance d’un rapport tendancieux ou d’un certificat de complaisance ». L’Ordre des Médecins sanctionne régulièrement ces praticiens.

  • Non-respect des obligations du salarié : Le salarié ne respecte pas les heures de présence obligatoire à son domicile (généralement 9h-11h et 14h-16h), sauf mention « sortie libre » sur l’arrêt. Fournir une adresse erronée pour empêcher la contre-visite constitue également une fraude.

  • Refus de contrôle médical : L’absence du salarié lors d’une contre-visite demandée par l’employeur ou par la CPAM, sans motif valable, caractérise un comportement abusif.

Exemples typiques de fraudes

Les fraudes prennent des formes de plus en plus sophistiquées :

  • Achat de faux arrêts sur internet : En 2024, ce phénomène explose. Un jeune homme de 22 ans avait créé le site « Stop-Travail », facturant 9 euros la délivrance d’un arrêt frauduleux. Son activité lui aurait rapporté plus de 280 000 euros en quelques mois avant son interpellation.

  • Travail dissimulé pendant l’arrêt : Certains salariés exercent une activité rémunérée ailleurs (souvent chez un concurrent) ou pratiquent des activités physiques exigeantes incompatibles avec leur état déclaré. Ces comportements ont représenté 11 millions d’euros de préjudice détecté par l’Assurance Maladie.

  • Arrêts perlés stratégiques : Des arrêts répétés systématiquement collés aux week-ends ou aux périodes de forte activité, sans pathologie chronique justifiée, constituent un signal d’alerte majeur.

Employeurs : Quels sont les signaux d'alerte d'un arrêt de complaisance ?

Avant même de chercher à prouver, vous devez identifier les indicateurs qui mettent la puce à l’oreille. Voici les signaux typiques qui justifient un contrôle renforcé :

Patterns comportementaux suspects :

  • Arrêts stratégiques : Absences systématiquement accolées aux week-ends, ponts, ou périodes de pics d’activité. Un salarié qui dépose un arrêt chaque vendredi pendant deux mois mérite investigation.

  • Changements fréquents de médecins : Un salarié qui consulte un médecin différent à chaque arrêt (médecin de garde, SOS médecins) sans médecin traitant déclaré éveille les soupçons. Cette pratique empêche tout suivi médical cohérent.

  • Absence de suivi médical : Aucune consultation spécialisée, aucun examen complémentaire, aucune prescription médicamenteuse malgré un arrêt de plusieurs semaines pour pathologie soi-disant grave.

Rumeurs et témoignages informels :

  • Activité concurrente soupçonnée : Des collègues rapportent avoir vu le salarié travailler pour un concurrent, ou consulter activement des offres d’emploi sur LinkedIn pendant son arrêt.

  • Activités physiques incompatibles : Publications sur les réseaux sociaux montrant le salarié en randonnée, au sport, ou en soirée, alors qu’il est censé être alité pour lombalgie aiguë.

  • Absence du domicile : Le voisinage signale que le salarié quitte son domicile quotidiennement en dehors des heures de sortie autorisées.

⚠️ Attention : Ces indices seuls ne suffisent pas à justifier un licenciement. Ils constituent simplement le point de départ d’une démarche de vérification encadrée.

Ces signaux justifient la mise en œuvre des premières mesures de contrôle administratif, avant même d’envisager une surveillance privée.

Les conséquences pour l’entreprise

Les arrêts de travail abusifs engendrent des répercussions massives pour les employeurs, bien au-delà du simple désagrément organisationnel.

Impact organisationnel et financier :

  • Désorganisation opérationnelle : Embauches en urgence (intérim, CDD), répartition du travail sur des équipes déjà surchargées, retards de production ou de livraison.

  • Coût direct multiplié : L’entreprise assume le maintien de salaire (selon l’article L1226-1 du Code du travail, tout salarié avec une année d’ancienneté bénéficie d’une indemnité complémentaire aux IJSS – Indemnités Journalières de Sécurité Sociale) tout en payant le remplacement. Le coût total peut atteindre 2,5 fois le salaire normal.

  • Charge administrative : Gestion des déclarations, suivi des arrêts, coordination avec la CPAM et les organismes de prévoyance.

Climat social dégradé :

Les collègues qui assument la charge de travail supplémentaire développent un ressentiment. La démotivation s’installe, la productivité chute, et parfois, d’autres salariés sont tentés d’imiter le comportement frauduleux.

💡 Conseil d’expert : Agir rapidement face à un arrêt suspect préserve non seulement vos finances, mais aussi l’équité au sein de vos équipes.

Les premiers recours : Contre-visite médicale et signalement CPAM

Avant d’engager un détective privé, l’employeur dispose de leviers administratifs puissants et souvent sous-exploités. Ces démarches initiales sont moins coûteuses et parfaitement légales.

La contre-visite médicale : votre premier outil

Principe : L’employeur peut mandater un médecin pour effectuer une contre-visite médicale au domicile du salarié en arrêt. Le décret du 5 juillet 2024 a précisé les modalités pratiques.

Comment procéder :

  • Mandatez un médecin agréé : Passez par des organismes spécialisés (Medgate, Amar, etc.) qui disposent de médecins formés à ce type de contrôle.

  • Respect des horaires de présence : La visite doit intervenir pendant les horaires de présence obligatoire (9h-11h et 14h-16h), sauf si l’arrêt mentionne « sortie libre ».

  • Conséquences du contrôle : Si le médecin contrôleur conclut que l’arrêt est injustifié, vous pouvez immédiatement suspendre le complément de salaire (la part versée par l’employeur en plus des IJSS). Cette suspension doit être notifiée par courrier recommandé.

⚠️ Attention : La suspension du complément ne dispense pas le salarié de son obligation de présence à domicile. Si le conflit persiste, d’autres mesures s’imposent.

Signalement à la CPAM et à l’Assurance Maladie

Dénoncer un arrêt de travail abusif auprès de la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie) est une démarche méconnue mais redoutablement efficace.

Procédure de signalement :

  • Formulaire de signalement : Adressez un courrier circonstancié au médecin-conseil de la CPAM de votre département, en exposant les faits suspects (arrêts répétés, incohérences, témoignages).

  • Enquête de la CPAM : Le médecin-conseil peut convoquer le salarié pour un contrôle médical. En cas de fraude avérée, la CPAM peut suspendre le versement des IJSS et réclamer le remboursement des sommes indûment perçues.

  • Signalement à l’Ordre des Médecins : Si vous suspectez un médecin de délivrer systématiquement des certificats de complaisance, vous pouvez saisir l’Ordre des Médecins. Cette instance disciplinaire peut sanctionner le praticien (avertissement, blâme, voire radiation).

Efficacité du dispositif :

En 2024, la CPAM a intensifié ses contrôles, détectant 42 millions d’euros de fraudes. Le signalement employeur représente une source d’alerte de plus en plus exploitée par l’Assurance Maladie.

💡 Conseil d’expert : Ne négligez pas cette étape administrative. Un signalement CPAM peut suffire à faire cesser l’abus sans passer par la case licenciement, préservant ainsi la relation de travail si le salarié rectifie son comportement.

Surveillance : Ce que dit la loi (Code civil, Code du travail, Jurisprudence)

La surveillance d’un salarié en arrêt maladie soupçonné d’abus doit s’effectuer dans un cadre légal strict. Si l’employeur dispose du droit de vérifier la légitimité d’un arrêt, cette démarche reste encadrée par plusieurs dispositions fondamentales.

Respect de la vie privée et article 9 du Code civil

L’article 9 du Code civil constitue le socle de la protection : « Chacun a droit au respect de sa vie privée ». Ce principe s’applique même dans les relations de travail. Selon la jurisprudence constante, « le salarié a droit, même au temps et au lieu de travail, au respect de l’intimité de sa vie privée ».

Néanmoins, ce droit n’est pas absolu. Les juges peuvent autoriser des mesures pour empêcher une atteinte à l’intimité, à condition que la surveillance soit justifiée et proportionnée.

Article L1121-1 du Code du travail : le principe de proportionnalité

Complémentaire à l’article 9, l’article L1121-1 précise qu’aucune restriction aux libertés individuelles ne peut être imposée si elle n’est pas « justifiée par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnée au but recherché ».

En pratique, la surveillance doit :

  • Être justifiée : Vous devez avoir des soupçons raisonnables (pas de simple intuition). Les signaux d’alerte documentés (arrêts stratégiques, témoignages) constituent cette justification.

  • Rester proportionnée : Pas de surveillance 24h/24. Une filature limitée aux heures de travail habituelles, sur quelques jours, est acceptable. Une surveillance permanente pendant des semaines serait disproportionnée.

  • Respecter la dignité : Aucune intrusion dans l’intimité du domicile, aucun enregistrement de conversations privées sans consentement.

Information préalable : L’article L1222-4 du Code du travail impose que « aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance ». Toutefois, la jurisprudence récente admet des exceptions (voir ci-dessous).

Jurisprudence Nikon et ses évolutions récentes

L’arrêt Nikon (2 octobre 2001) a posé un principe fort : l’employeur ne peut accéder aux fichiers personnels d’un salarié sans son accord. Cette décision a été progressivement assouplie.

Évolutions majeures :

  • Arrêt du 17 mai 2005 : L’employeur peut consulter les fichiers non identifiés comme « personnels », en présence du salarié ou celui-ci dûment appelé.

  • CEDH (22 février 2018) : Confirmation que l’employeur peut consulter les fichiers d’un ordinateur professionnel si non marqués « privés ».

  • Revirement du 22 décembre 2023 (Assemblée plénière) : Tournant majeur. La Cour de cassation admet désormais qu’une preuve, même obtenue de manière déloyale ou illicite, peut être recevable si elle est indispensable à l’exercice du droit à la preuve et que l’atteinte à la vie privée reste proportionnée.

💡 Conseil d’expert : Ce revirement jurisprudentiel ne vous autorise pas à tout faire. Le juge garde un pouvoir d’appréciation. Privilégiez toujours des méthodes légales, mais sachez que des preuves imparfaites ne seront plus automatiquement rejetées.

Le rôle du détective privé (ARP) dans la collecte de preuves

Face à des soupçons persistants d’arrêt de travail abusif, faire appel à un détective privé (Agent de Recherches Privées – ARP) peut constituer la solution décisive. Ce professionnel agréé possède des compétences spécifiques pour documenter les comportements frauduleux tout en respectant le cadre légal.

Quand mandater un détective privé ?

Le recours à un ARP se justifie dans plusieurs contextes précis :

  • Échec des méthodes administratives : La contre-visite médicale n’a rien donné (salarié absent ou médecin concluant à la justification de l’arrêt), et le signalement CPAM tarde à produire des effets.

  • Soupçons de travail dissimulé : Vous avez des témoignages indiquant que le salarié exerce une activité professionnelle parallèle (chez un concurrent, en auto-entrepreneur) pendant son arrêt maladie.

  • Concurrence déloyale : Le salarié profite de son arrêt pour démarcher vos clients ou monter une société concurrente, situation particulièrement grave.

  • Arrêts répétitifs perturbant l’organisation : Le salarié multiplie les arrêts stratégiques (20 arrêts en un an), désorganisant systématiquement votre entreprise.

💡 Conseil d’expert : Un détective intervient généralement sur 3 à 5 jours de surveillance. Au-delà, vous risquez la disproportion.

Méthodes légales : Filature, enquête de voisinage, OSINT

Les détectives privés agréés CNAPS (Conseil National des Activités Privées de Sécurité) disposent de techniques variées et parfaitement encadrées :

Filature discrète :

Le détective suit le salarié dans l’espace public pour documenter ses activités. Photographies et vidéos sont prises depuis la voie publique, sans intrusion dans un lieu privé. La filature se concentre sur les heures de travail habituelles du salarié.

Enquête de voisinage :

Interrogation discrète des voisins, commerçants, gardiens d’immeuble pour recueillir des témoignages sur les habitudes du salarié pendant son arrêt. Ces attestations viennent corroborer les observations directes.

OSINT (Open Source Intelligence) :

Analyse des informations publiques disponibles sur internet : publications sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, LinkedIn), annonces d’activité professionnelle, avis Google laissés par le salarié à des heures de travail, géolocalisation publique.

Exemple concret : Un salarié en arrêt pour dépression publie quotidiennement sur Instagram des photos de chantiers qu’il réalise en tant qu’auto-entrepreneur. Ces publications constituent des preuves exploitables.

Limites strictes :

  • Pas d’intrusion au domicile : Le détective ne peut pénétrer dans un lieu privé sans autorisation.
  • Pas d’enregistrement de conversations privées : Sauf consentement des parties, conformément à l’article 226-1 du Code pénal.
  • Respect de la durée : Une surveillance de plusieurs semaines serait jugée disproportionnée.

L’agrément CNAPS : votre garantie de légalité

Tout détective privé doit obligatoirement détenir un agrément délivré par le CNAPS. Cet agrément garantit :

  • La formation professionnelle de l’agent.
  • L’absence de casier judiciaire.
  • Le respect d’un code de déontologie strict.

⚠️ Attention : Travailler avec un détective non agréé rend les preuves irrecevables et vous expose à des poursuites pénales pour atteinte à la vie privée.

Vérifiez systématiquement l’agrément CNAPS avant tout mandat. Les agences sérieuses affichent leur numéro d’agrément sur leur site web et leurs documents officiels.

Rendre la preuve recevable devant le Conseil de prud'hommes

Une fois les preuves d’un arrêt de travail abusif recueillies, l’enjeu majeur devient leur recevabilité devant le Conseil de prud’hommes. Cette étape transforme de simples observations en arguments juridiques solides justifiant un licenciement pour faute grave.

Intervention d’un commissaire de justice (ex-huissier de justice)

L’intervention d’un commissaire de justice (ancienne dénomination : huissier de justice) confère une valeur probante décisive aux éléments recueillis.

Pourquoi faire intervenir un commissaire de justice ?

  • Force probante : Le constat établi par ce professionnel assermenté bénéficie d’une présomption de véracité devant les tribunaux. Contrairement au rapport d’un détective seul, le constat d’huissier est difficilement contestable.

  • Authentification des observations : Le commissaire de justice peut accompagner le détective ou intervenir suite à ses observations pour constater officiellement la situation (salarié travaillant sur un chantier, exerçant une activité commerciale).

Situations types nécessitant un constat :

  • Salarié observé en train de travailler physiquement (chantier, livraison, activité artisanale) pendant son arrêt maladie.
  • Salarié pratiquant une activité sportive intensive incompatible avec son arrêt pour lombalgie ou trouble musculo-squelettique.
  • Preuve de concurrence déloyale (démarchage de clients, ouverture d’une société concurrente).

Limites du commissaire de justice :

Il ne peut pénétrer dans un domicile privé sans autorisation judiciaire. Ses constats se limitent aux espaces publics ou accessibles au public (magasin, chantier visible depuis la rue).

Utilisation combinée de preuves (témoignages, constats, OSINT)

Une stratégie efficace consiste à créer un faisceau de preuves convergentes. Isolément, chaque élément peut sembler faible. Combinés, ils deviennent irréfutables.

Construction du faisceau :

  1. Témoignages concordants : Attestations de collègues, voisins, clients mentionnant avoir vu le salarié en activité. Les témoignages doivent être précis (dates, heures, circonstances).

  2. Constats de commissaire de justice : Validation officielle des observations du détective.

  3. Preuves OSINT : Captures d’écran datées des publications sur réseaux sociaux, annonces professionnelles, avis Google.

  4. Rapport de détective privé agréé : Compte-rendu détaillé de la filature avec photographies horodatées.

Exemple de faisceau convaincant :

Un salarié en arrêt pour tendinite de l’épaule. Le détective le filme en train de décharger un camion pendant 3 jours consécutifs. Un commissaire de justice établit un constat le 4ème jour. Deux voisins attestent l’avoir vu travailler quotidiennement. Le salarié a publié sur Facebook des photos de son activité de déménageur indépendant. Le faisceau est complet.

Jurisprudence récente sur la recevabilité des preuves déloyales

Le 22 décembre 2023, la Cour de cassation (Assemblée plénière) a bouleversé la donne par deux arrêts majeurs.

Principe nouveau :

« Dans un procès civil, l’illicéité ou la déloyauté dans l’obtention ou la production d’un moyen de preuve ne conduit pas nécessairement à l’écarter des débats. »

Critères d’évaluation par le juge :

Le juge doit désormais mettre en balance :

  1. Le droit à la preuve de l’employeur : Capacité à prouver la faute grave pour protéger ses intérêts économiques.

  2. Les droits antinomiques du salarié : Respect de sa vie privée, égalité des armes processuelles.

Conditions de recevabilité d’une preuve déloyale :

  • La preuve doit être indispensable à l’exercice du droit à la preuve (aucun autre moyen légal n’était disponible).
  • L’atteinte à la vie privée doit rester strictement proportionnée au but poursuivi.

Limites posées le même jour :

Dans un second arrêt, la Cour a précisé qu’une conversation privée non destinée à être rendue publique ne peut constituer un manquement aux obligations contractuelles. Les enregistrements clandestins de conversations restent donc dangereux.

💡 Conseil d’expert : Ce revirement offre plus de souplesse, mais ne vous autorise pas à tout faire. Privilégiez toujours les méthodes légales (détective agréé + commissaire de justice). Gardez les preuves déloyales comme recours ultime si aucune alternative n’existe.

Jurisprudence complémentaire (19 mars 2023) :

Les témoignages anonymisés peuvent être recevables s’ils sont « corroborés par d’autres éléments permettant d’en analyser la crédibilité et la pertinence ». Utile quand des collègues craignent des représailles.

Conclusion : Agissez méthodiquement, restez dans le cadre légal

Face à l’augmentation constante des arrêts de travail abusifs et des arrêts de complaisance, les employeurs français disposent désormais d’un arsenal juridique plus clair et d’une jurisprudence plus souple pour se défendre.

La démarche graduée recommandée :

  1. Identifiez les signaux d’alerte : Arrêts stratégiques, changements de médecins, rumeurs d’activité parallèle.

  2. Activez les recours administratifs : Contre-visite médicale et signalement à la CPAM ou à l’Ordre des Médecins.

  3. Mandatez un détective privé agréé CNAPS si les premières démarches échouent et que les soupçons persistent.

  4. Sécurisez la preuve : Faites intervenir un commissaire de justice pour authentifier les observations.

  5. Constituez un faisceau de preuves convergentes : Témoignages, constats, OSINT, rapport de détective.

Le principe de proportionnalité reste maître. Toute surveillance excessive, même face à une fraude avérée, vous expose à une condamnation pour atteinte à la vie privée. L’équilibre entre votre droit à la preuve et les droits du salarié doit être scrupuleusement respecté.

Le revirement jurisprudentiel de décembre 2023 offre une souplesse bienvenue, mais ne vous dispense pas de respecter le cadre légal. Un licenciement fondé sur des preuves obtenues de manière disproportionnée sera annulé, même si la fraude est réelle.

Vous soupçonnez un arrêt de travail frauduleux ? Ne restez pas démuni face aux arrêts de complaisance qui menacent la santé économique de votre entreprise. Contactez nos détectives privés agréés CNAPS pour une étude gratuite et confidentielle de votre dossier. Nous vous accompagnons dans une démarche 100% légale, de la collecte de preuves jusqu’à leur présentation devant le Conseil de prud’hommes.

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FAQ

Vos questions sur la preuve d'un arrêt de travail abusif

Comment un employeur peut-il légalement prouver un arrêt de travail abusif ?

Un employeur peut prouver un arrêt de travail abusif en combinant plusieurs méthodes complémentaires : contre-visite médicale par un médecin agréé, signalement auprès de la CPAM ou de l’Ordre des Médecins, surveillance proportionnée par un détective privé agréé CNAPS, et collecte de preuves (témoignages, constats de commissaire de justice, OSINT). Il est crucial de respecter le cadre légal, notamment le principe de proportionnalité et, dans l’idéal, l’information préalable du salarié sur l’existence de dispositifs de contrôle.

Quelles sont les limites légales de la surveillance d'un salarié en arrêt maladie ?

La surveillance doit impérativement se limiter aux espaces publics, respecter la vie privée du salarié, et être strictement proportionnée au but recherché (prouver la fraude). Elle ne peut être permanente ni s’étendre sur une durée excessive. La surveillance doit se concentrer sur les heures habituelles de travail du salarié. Toute intrusion au domicile sans autorisation judiciaire ou surveillance disproportionnée expose l’employeur à des sanctions pour atteinte à la vie privée (article 9 du Code civil).

Quel est le rôle précis d'un détective privé dans la preuve d'un arrêt abusif ?

Un détective privé agréé (Agent de Recherches Privées – ARP) collecte des preuves par des méthodes légales : filature discrète dans l’espace public, enquête de voisinage pour recueillir des témoignages, et OSINT (analyse des informations publiques sur internet et réseaux sociaux). Son intervention est particulièrement utile quand les méthodes administratives (contre-visite, signalement CPAM) s’avèrent insuffisantes. Pour garantir la recevabilité des preuves, le détective doit respecter strictement le cadre légal et idéalement collaborer avec un commissaire de justice.

Puis-je licencier un salarié pour arrêt de travail abusif ?

Oui, un arrêt de travail abusif constitue une faute grave justifiant un licenciement sans préavis ni indemnité, à condition de disposer de preuves solides et recevables. Le licenciement doit être fondé sur un faisceau de preuves convergentes (constats, témoignages, rapport de détective) prouvant que le salarié n’était pas réellement dans l’incapacité de travailler. Attention : le simple soupçon ne suffit pas. Sans preuves irréfutables, vous risquez une condamnation aux prud’hommes pour licenciement abusif.

Que faire si je suspecte un médecin de délivrer des arrêts de complaisance ?

Si vous suspectez un médecin de délivrer systématiquement des certificats de complaisance sans justification médicale, vous pouvez saisir l’Ordre des Médecins de votre département par courrier circonstancié. L’Ordre peut diligenter une enquête et sanctionner le praticien (avertissement, blâme, voire radiation dans les cas graves). Parallèlement, signalez la situation à la CPAM qui peut également enquêter et suspendre le conventionnement du médecin. L’article R4127-28 du Code de la santé publique interdit formellement la délivrance de certificats de complaisance.

La jurisprudence de décembre 2023 m'autorise-t-elle à utiliser n'importe quelle preuve ?

Non. L’arrêt d’Assemblée plénière du 22 décembre 2023 assouplit la recevabilité des preuves déloyales, mais ne vous autorise pas à violer la loi. Le juge évalue désormais si la preuve, même déloyale, est indispensable à l’exercice de votre droit à la preuve et si l’atteinte à la vie privée reste proportionnée. En clair : privilégiez toujours des méthodes légales (détective agréé, commissaire de